Amis d'Uxellodunum  

Le siège d'Uxellodunum d'après les textes antiques...

Le texte d'Orose sur Uxellodunum

Orose et son oeuvre(34)

Paul Orose, prêtre, naquit à Tarragone, en Espagne, vers la fin du règne de l’empereur Honorius (Gennadius de Viris illustr. cap. 39). Il passa de là en Afrique pour y recueillir l’enseignement de Saint-Augustin, l’illustre évêque d’Hippone.

On place d’ordinaire, en l’an 415, l’arrivée de P. Orose en Afrique. Saint-Augustin, après lui avoir enseigné sa doctrine et donné ses bons avis l’envoya la même année à Saint-Jérôme résidant alors à Bethléem, en Palestine.

L’illustre docteur de l’église, à qui P. Orose avait apporté deux lettres de Saint-Augustin, témoigne dans sa réponse à l’évêque d’Hippone de l’estime qu’il porte à Paul Orose : « virum honorabilem, fratrem meum, filiium dignationis tuoe, Orosium presbyterum, et suo merilo et te jubente suscepi. »

Paul Orose avait à Hippone combattu de son mieux par la parole et par ses écrits les erreurs de Priscillanus et d’Origène et était venu surtout en Palestine pour consulter Saint-Jérôme au sujet du problème difficile de l’Origine de l’Ame, qu’il s’était proposé de résoudre. Il l’entretint également des luttes soutenues à Hippone contre les Pélagiens ; et l’évêque de Jérusalem, Jean, qui avait été déçu également par la doctrine de Pélage résolut de provoquer la réunion du synode à Jérusalem même. Cette réunion, à laquelle P. Orose prit une part active eût lieu le 28 juillet 415. C’est à ce propos que P. Orose aurait publié son Apologétique pour résoudre deux questions soulevées par Pélage, au sujet du libre-arbitre et de la perfection humaine durant la vie mortelle.

Mais le désir de revenir en Afrique le prit bientôt et au printemps de l’année suivante il était de retour auprès de Saint-Augustin, à qui il remit une lettre de Saint-Jérôme. Il rapportait aussi d’Orient les reliques du Bienheureux Etienne, premier martyr, retrouvées depuis peu, d’après Gennadius (de vir. illusr. cap. 39), et qu’il avait reçues de l’évêque Avitus, son compatriote.

C’est à cette époque, en 416 et 417, que sur le conseil de Saint-Augustin il composa les 7 livres de ses Histoires, comme en témoigne la préface de cet ouvrage adressée à Saint-Augustin lui-même.

En 417, P. Orose retourna en Espagne, emportant avec lui les reliques de Saint-Etienne, qu’il remit à Palchonius, évêque de Braga (Bracarensis). Mais, comme à cette époque les Goths envahissaient l’Espagne, il résolut de retourner en Afrique. On ignore totalement ce qui advint de lui à partir de ce moment. On peut cependant présumer que l’invasion des Vandales en Afrique le ramena dans le nord de l’Italie.

L’influence de P. Orose sur ses contemporains et durant tout le Moyen-Age a été considérable et il a été cité presque à l’égal des pères de l’église. Prosper, disciple de Saint-Augustin, Gelasius, Gennadius, Cassiodore, Ducange, Fabricius, Baronius, Scaliger, Petavius, Morisius, Mabillon, etc., lui témoignent la plus grande estime et ses oeuvres ont été éditées maintes fois et presque dès l’apparition de l’imprimerie, parmi les plus utiles.

Dans la préface de son édition des oeuvres de Paul Orose, Sigebert Havercamp(35) cite onze manuscrits qu’il a collationnés : cinq à Leyde, trois à Florence, un à Utrecht, un lui appartenant et enfin une collation d’un ancien manuscrit faite avec un grand soin par Jacob Gronovius et se rapprochant beaucoup du texte du 3e manuscrit de Leyde.

Plus de quatre siècles séparaient donc Paul Orose de la Guerre des Gaules lorsqu'il en rapporta les événements. Il raconta les faits en deuxième ou troisième main. Il consacra 435 lignes (des colonnes de Migne) à donner la substance des Commentaires. Sur ce total, les six premiers livres sont représentés par 295 lignes, le septième par 45 lignes, le huitième par 95 lignes, dont 54 (1/8e du total) concernent l'affaire d'Uxellodunum.

Principales Editions de Paul Orose

Augustae (Bâle). 1471. Johannes Schulzer (en caractères gothiques).
Vicentiae (Vicence). Herman Liechtenstein, de Cologne (vers 1475).
Venetiis (Venise). 1483. Octavien Scot (Modoesiensis).
Parisiis (Paris). 1510. Jean Barbier.
Parisiis. 1524. Sébastien Mengien, chez Jean Petit (parvus).
Cologne. 1526. Gérard Bolsvinge (aux frais de God. Hydorpius coloniensis).
Cologne. 1561, 1575, 1582. Marc Fabricus, Marcoduranus.
Mayence. 1615. Andreas Scottus, avec Notes de Louis Lautius (de Gand).
Leyde. 1738. S. Ilavercamp.

Le texte d'OROSE en latin(36)

 

Le texte d'OROSE, traduction par Marie-Pierre Armaud Lindet(37)

20- Interea Draptes unaque Lycterius cum adesse Caninium et legiones in finibus suis uiderent, undique collectis copiis oppidum Uxellodunum occupant.

 

20- Pendant ce temps, Draptès et, avec lui, Lucterios, voyant que Caninius et ses légions étaient présents sur leurs territoires, prennent possession de l'oppidum d'Uxellodunum après avoir rassemblé de toute part des troupes.

21- Hoc oppidum in editissima montis arce pendebat, duabus partibus per abrupta latera non paruo flumine cingebatur, medio deinde descensu largissimo fonte securum plurimaque introrsum copia frumenti tutum inritos procul discursus hostium despiciebat.
 
21- Cet oppidum était accroché au sommet très élevé d'une montagne, il était entouré aux deux-tiers par un fleuve non négligeable le long de parois abruptes; assuré, de plus, d'une très abondante source au milieu de la pente et appuyé sur une grande abondance de blé à l'intérieur de la place, il regardait de haut les vaines allées et venues des ennemis dans le lointain.
22- Caninius, quot solum Romana prouisione potuit, ambos duces cum parte copiarum plurima in campum euocatos maximo proelio supreauit. Nam uno e ducibus interfecto alter cum paucissimis fugit, nullus in oppidum rediit. Sed ad id oppugnandum Caesare opus fuit.
 
22- Caninius l'emporta dans une grande bataille sur les deux chefs, attirés dans la plaine avec la plus grande partie de leurs troupes, - seule chose dont il fût capable grâce à la prévoyance romaine. En effet, I'un des chefs ayant été tué, I'autre prit la fuite avec un tout petit nombre de gens, personne ne rentra à l'oppidum ; mais pour s'en emparer, il fallut César.
23- Itaque certior per nuntios factus Caesar accurrit circumspectisque omnibus uidet, si expugnare ui moliatur, ludo et spectaculo hostium delendum esse exercitum suun ; unum solum esse praesidii, si quoquo modo hostes aqua arceantur.
 
23- C'est pourquoi, bien informé par des messagers, César arrive et, après un tour d'horizon complet, il voit que son armée sera anéantie, amusement et spectacle pour les ennemis, s'il tente de prendre d'assaut la place de vive force ; il y avait un seul recours : si, par quelque moyen, les ennemis pouvaient être repoussés loin de l'eau.
24- Sed et hoc quoque nisi Caesar non potuisset, siquidem fons, quo ad potum utebantur, medio deuexi montis latere fundebatur. Caesar ad proximun fontis admoueri uineas turrimque exstrui imbet. Fit magnus ilico concursus ex oppido. Quibus sine periculo proeliantibus Romani quamuis pertinaciter obsisterent crebriusque succederent, conplures tamen trucidantur.
 

24- Mais cela non plus n'eût pas été possible, sauf pour César, dans la mesure où la source où ils se fournissaient d'eau potable jaillissait au milieu du flanc en pente de la montagne. César ordonne de faire avancer près de la source des mantelets et de construire une tour. En masse on accourt à I'instant depuis l'oppidum. Bien que les Romains résistent avec fermeté à ceux qui combattaient sans risque et qu'ils se succèdent en rangs très serrés, ils sont cependant nombreux à être massacrés.


25- Igitur exstruitur agger et turris pedum sexaginta, cuius uertex aequare ad fontis locum possit, ut uel ex aequo tela conici queant uel praecipitata desuper saxorum uolumina non timeri.

 
25- Donc on construit un remblai et une tour de soixante pieds telle que le sommet puisse arriver au même niveau que l'emplacement de la source, afin qu'ils aient la possibilité autant de lancer des traits à même hauteur que de ne pas craindre les trajectoires courbes de pierres jetées d'en haut.
26- Oppidani autem, ubi exanimari siti non solum pecora sua uerum etiam infirmiores hominum aetates uident, cupas pice sebo et scindulis repletas, ac deinde inmisso igne in prona praecipitant easque ipsi toto oppido effusi subsequuntur.
 
26- Ceux de l'oppidum, pour leur part, quand ils voient mourir de soif non seulement leur bétail, mais encore les hommes d'un âge moins résistant, précipitent sur les pentes des tonneaux remplis de poix, de suif et de copeaux de bois, puis enflammés, et, jaillissant de tout l'oppidum, ils les suivent de près.
27- Ardentibus machinis cum graue proelium suis Caesar ac periculosum uideret, cohortes in circuitum oppidi ire uelociter per occultum imperat atque undique uastum clamorem attollere. Quo facto consternati oppidani dum recurrere ad muniendum oppidum uolunt, ab oppugnatione turris uel demolitione recesserunt.
 
27- Comme César voyait qu'en raison de ces machines ardentes, le combat était difficile et dangereux pour les siens, il donne l'ordre aux cohortes de se porter rapidement, en se dissimulant, vers l'enceinte de l'oppidum et de pousser soudain de toute part une grande clameur. Cela fait, dans le même temps que ceux de l'oppidum, épouvantés, voulaient revenir en courant pour le défendre, ils se retirèrent de l'attaque de la tour et de la démolition du remblai.
28- Illi tamen, qui ad incidendas fontis uenas sub obtentu aggeris tuti cuniculos perfodiebant, repertos in abstruso aquarum meatus per multa diuidento tenuari in semet ipsis consumique fecerunt. Oppidani fonte siccato ultima desperatione correpti deditionem sui faciunt.
 
28- Cependant, les Romains qui perçaient des galeries pour interrompre les alimentations de la source, en sécurité sous la protection du remblai, firent en sorte que les cours d'eau trouvés en profondeur, s'amenuisent en se divisant en multiples fractions et s'y tarissent sur place. Saisis d'un extrême désespoir devant leur source épuisée, les défenseurs de l'oppidum font leur reddition.
29- Caesar autem ommnibus, qui arma tulerant, manus sustulit et vitam reliquit, quo testatior esset etiam posteris poena inproborum.
 
29- Mais César fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes et leur laissa la vie pour que là fût bien attestée aussi pour la postérité la peine encourue par les rebelles(38).
30- Miltum enim ad cohercendam audaciam ualet propositum punitionis exemplum, cum ipsa miseri praesens forma uiuentis et ad recordationem admonet conscios, et ad sciscitationem cogit ignaros.
 
30- L'exemple du châtiment placé sous les yeux a beaucoup de force pour contenir l'audace, en tant que l'apparence présente d'un malheureux être vivant avertit ceux qui savent de se souvenir, et pousse les ignorants à s'enquérir(39).

La valeur du texte d'OROSE

Le plus ancien manuscrit(40) connu des Histoires date du VIe siècle, il se trouve à Florence : c'est le codex Laurentianus pl. 65,1. Puis nous en avons un du VIIe siècle et sept du VIIIe siècle. Environ soixante-dix sont antérieurs au XIIe siècle. Les derniers manuscrits sont des XVIe et XVIIe siècles, et certains ont même été copiés sur des éditions imprimées. A partir du début du IXe siècle, les manuscrits sont contaminés et interpolés : soit qu'en voulant corriger, selon le mode carolingien, le texte corrompu de son modèle, le copiste y ait introduit ses propres erreurs, soit que, ayant sous les yeux plusieurs manuscrits, issus de familles différentes, il en mêle les traditions de façon irrationnelle et inextricable.

Orose dit avoir emprunté à une œuvre de Suétone ce qu'il a repris de la Guerre des Gaules : "Tranquille Suétone a développé cette histoire tout au long ; nous en avons recueilli pour notre part les passages importants"(41).

On retrouve la même attribution du Bellum Gallicum à Suétone dans l'œuvre de Sidoine Apollinaire(42), et une importante famille de manuscrits de la Guerre des Gaules porte la trace de la même erreur. Quand Orose croit reproduire du Suétone, en fait il reproduit César.

A-t-il eu en mains d'autres documents que les Commentaires ? Rien ne permet de l'avancer sérieusement. La vie de César de Suétone ne lui a été d'aucun secours pour son récit d'Uxellodunum, puisque ce qu'elle dit de la guerre des Gaules s'arrête à la reddition de Vercingétorix et par conséquent ne parle pas de ce siège, postérieur d'un an. Abordant la guerre des Gaules, Orose n'avait pas mieux à faire que de prendre le texte du Bellum Gallicum. C'est ce qu'il a fait, et il l'a dit clairement, sauf à en donner pour auteur Suétone au lieu de César et d'Hirtius(43).

Dans son texte sur Uxellodunum on retrouve certains détails modifiés. Dans le texte d'Hirtius, la source est "sous le rempart" ; Orose la descend "au milieu de la pente", il le dit deux fois. Orose rapporte que Caninius attira dans la campagne les deux chefs (Drappès et Lucterios), dont l'un fut tué et l'autre mis en fuite. Les Commentaires s'expliquent différemment : ils nous apprennent que Lucterios parvint, en effet, à se sauver momentanément par la fuite. Mais ils ne disent pas que Drappès fut tué. Ils disent, au contraire, en termes clairs, que Drappès fut pris et se laissa mourir de faim. Enfin Orose attribue à la tour les 60 pieds de hauteur qui, chez Hirtius, caractérisent la plate-forme soutenant la tour.

L.-A. Constans dit en parlant d'Orose, "L'Historien Orose a utilisé, pour les chapitre 7-12 de son Ve livre, un manuscrit du Bellum Gallicum qui présentait un certain nombre de leçons propres à béta. Sur 24 mots ou groupes de mots reproduits par Orose, son texte s'accorde 16 fois avec béta, 8 avec alpha."

M. Bertrandy(44) dit en parlant d'Orose, "Or, je vous le demande, est-il convenable d'ériger en oracle infaillible un historien pris ainsi en flagrant délit de propagation d'erreurs ? Non. Qu'on ne persiste donc pas à proclamer qu'Orose explique les Commentaires, alors qu'il est exact d'affirmer que, par de regrettables lacunes, par une description tout au moins incomplète, et par des détails évidemment erronés, Orose ne fait, si j'ose m'exprimer ainsi, qu'embrouiller la question."

L'anglais Rice Holmes, n'étant pas suspect d'esprit partisan donne son jugement sur la valeur historique du texte d'Orose(45), "Quant à moi, je pense que la description d'Orose n'est qu'une vague paraphrase littéraire de la description d'Hirtius. En tout cas, il doit être bien clair pour quiconque, si peu doué qu'il soit de sens critique, que l'autorité d'Orose ne peut être mise en balance avec l'autorité d'Hirtius."

 

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